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Philosophie d'investissement

Comment il investissait

La contribution de Munger tient en une phrase : il a dissuadé Buffett d'acheter de la camelote bon marché et l'a convaincu d'acheter de grandes entreprises. Tout le reste — la patience, la concentration, l'insistance sur le tempérament plutôt que sur le génie — a découlé de cette seule correction.

Le jeune Buffett avait appris l'investissement auprès de Benjamin Graham, et la méthode de Graham consistait à acheter des « mégots de cigare » — des entreprises en perdition qui se vendaient en dessous de leur valeur de liquidation, bonnes pour une dernière bouffée. Munger trouvait que c'était une piètre façon de s'enrichir. Bien mieux valait, soutenait-il, acheter « une excellente entreprise à un prix correct » et la conserver le temps qu'elle compose ses gains. Buffett a dit plus tard qu'il avait fallu Munger pour le faire renoncer à son habitude des mégots de cigare, et que le plus grand exploit architectural de Charlie avait été la conception de la Berkshire moderne elle-même. Il l'a formulé plus crûment ailleurs : « Il m'a assommé d'un grand coup de planche sur la tête. »

Une excellente entreprise à un prix raisonnable

L’achat de See’s Candies en 1972 en fut la preuve. Un chasseur d’aubaines statistiques n’aurait jamais accepté de payer un tel prix ; Munger soutenait qu’une marque chérie, dotée du pouvoir d’augmenter ses prix, valait bien davantage que sa valeur comptable. La leçon s’est généralisée : la qualité durable et un véritable avantage concurrentiel l’emportent sur le bon marché affiché dans un tableur. Dès lors, les deux hommes se sont mis en quête d’excellentes entreprises plutôt que d’entreprises simplement sous-évaluées.

Rester assis sans rien faire

Une fois que l’on possède quelques excellentes entreprises, la chose à faire est généralement de ne rien faire. Munger appelait cela « l’investissement le derrière sur la chaise » : trouver une poignée d’entreprises remarquables, les acheter et les conserver très longtemps — en partie parce que ces entreprises continuent de capitaliser, et en partie parce qu’on s’épargne ainsi les coûts et les erreurs d’un négoce incessant. L’activité, pour elle-même, est l’ennemie des rendements.

La concentration, et quelques gros paris

Munger se méfiait de la diversification à outrance. Les bonnes occasions sont rares ; lorsqu’il en surgit une, la réponse rationnelle est de miser gros, et non de s’éparpiller. Il préférait détenir un portefeuille concentré d’entreprises qu’il comprenait en profondeur, et attendre — parfois des années — la rare chance qui méritait qu’on s’y attaque. La patience n’était pas de l’oisiveté mais de la discipline : retenir son tir jusqu’à ce que se présente la balle facile à frapper.

Le tempérament plutôt que le QI

Il insistait sur le fait que l’investissement récompense le caractère bien plus que l’intelligence brute. Ceux qui réussissent le mieux, observait-il, ne sont pas les plus intelligents mais les plus constants — des « machines à apprendre » qui se couchent chaque soir un peu plus sages et gardent la tête froide quand les autres la perdent. L’avantage qu’il s’attribuait était modeste et dévastateur : « Il est remarquable de voir à quel point des gens comme nous ont acquis un avantage à long terme en s’efforçant d’être toujours pas stupides, plutôt que de chercher à être très intelligents. »

Les incitations

Peu de forces impressionnaient davantage Munger que les incitations — la façon dont récompenses et punitions infléchissent discrètement les comportements, souvent d’une manière que personne ne souhaite. « Montrez-moi l’incitation, aimait-il dire, et je vous montrerai le résultat. » Comprendre qui est payé pour faire quoi, soutenait-il, explique davantage de choses sur une entreprise ou un secteur que presque n’importe quel autre facteur isolé.

L’avantage pluridisciplinaire

La conviction la plus profonde de Munger était qu’on ne peut comprendre le monde à travers une seule discipline. Les grandes idées issues de nombreux domaines — économie, psychologie, biologie, physique, mathématiques — doivent « tenir ensemble sur un treillis de théorie », car pour l’homme qui ne dispose que d’un marteau, tout problème ressemble à un clou. Cette sagesse universelle est le moteur de tout le reste de son approche de l’investissement : les modèles mentaux sont la manière dont il voyait ce que les autres, à l’aise dans un seul sujet, continuaient de manquer.

Découvrez l’ensemble complet des modèles mentaux, ainsi que les conférences où il les a exposés : son discours de 1994 à l’USC sur la sagesse universelle, et sa seule apparition en podcast sur Acquired en 2023.

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